Les Karamazov. Vidéo, 1:06 sec. 2015








La révolte est aussi métaphysique.

Ce grand bleu au-dessus de nous, tantôt gris, tantôt noir. Il nous prend les nôtres et arrose le sol qui nous alimente.
A-t-on vraiment trahi sa confiance quand on a touché au seul arbre qu'il nous interdisait de goûter ? C'est son accusation. On lui répond : "Ce fruit nous est fondamental".
Parfois il nous bénit, parfois il nous maudit. Ses interdits sont nombreux et ça nous interpelle. On ne peut partager le même espace sans se poser des questions, sans se taquiner, sans chercher à se connaître. C'est notre devise à nous, les humains. Sans cela, on se lance et se relance le châtiment. Sans cela, la négation serait fatale.

Se connaître davantage, là est toute la question. Comment le faire entre père et fils ?! Abraham allait immoler Isaac, Gregor Samsa (De Métamorphose kafkaïenne) se fait lapider par son père à coups de pommes.
Chez moi les rôles sont inversés, c'est le fils qui rafale le père, armé de centaines de pommes.

Entre utopies et réalités, malentendus, dialogues rompus, incompréhensions, dépassements, curiosités... L'homme cherche à composer avec le reste de son espace.


(Le titre de la vidéo est en résonance avec le titre du roman de Fiodor Dostoïevski "Les Frères Karamazov". La vidéo est réalisée à la Saline royale d'Arc-et-Senans, ou "La Cité des Utopies".)






"Les Karamazov

Rien dans l'oeuvre de ce jeune artiste ne trahit a priori quelque réflexion magicienne ou chamanique. Pourtant cette curieuse installation vidéo présente un geste hérétique presque sorcier.
Dans un refus du pêché originel, L'Adam de Moumen jette dans un ciel désespérément vide des pommes qui retombent lourdement émettant un bruit sourd. Et si l'on peut dire comme en une circonstance aggravante, il commet son défi sacrilège dans un lieu chargé de cette ambition architecturale des Lumières qu'est la saline royale d'Arc-et-Senans. Sa résidence dans cet endroit unique qui tient de l'usine et du panopticon cher à Foucault, prend tout son sens dans cet élan d'une raison qui ne veut plus se sentir condamnée par avance par une fois mortifère.

Les idées du jeune artiste berbère relèvent alors de rituels de purification, de ces jeux de corps extrêmes sans lesquels on ne s'échappe pas de la croyance et qui doivent nous permettre de rebâtir un sujet neuf et libre capable d'apprendre.

Jeux de mains qui se frappent dans la nudité des pèlerins de la raison, pomme jetée à la face de celui qui condamne originellement, transe du vieillard, qui rampant, marque aussi de son ADN tout son territoire, faisant alors plus que d'y passer seulement : autant de vidéos dont la force nous rappelle que la découverte de certains œuvres, comme la pratique de certains gestes, peuvent nous changer à jamais.
Chamanisme oblige, l'oeuvre est toujours à l'oeuvre en quelque sorte."

Laurent Devèze, pour l'exposition "L'artiste est-il un chamane ?"
2016






"Sortir du cadre religieux : Moumen Bouchala, dans Les Karamazov "rejette" les pommes (au propre et au figuré) vers le ciel, mettant fin, symboliquement, aux interdits de la connaissance et à l’acceptation d’une punition millénaire. Une inversion, plus qu’une sortie."

Barbara Polla, pour l'exposition "Sortir du cadre – Out of frame"
2016








































Vues lors du tournage de la vidéo