Vertiges. Pare-brises enroulés sur eux-même, serrés et attachés avec une sangle. Palette en bois. 2017




« Vertiges », c'est l’expérience que l'homme vit quand il lève sa tête vers le ciel un soir d'été, lors d'une nuit étoilée. Il se rend compte alors de la réalité de l’espace, de la vérité de l'univers. Soudain, il se noie dans sa conscience, et sa conscience se noie à son tour dans l'ordre du Cosmos. C'est l'usure du non-sens sur lequel on bute sans pouvoir le surmonter.

« Vertiges », c'est ce que semblent essayer de nous faire comprendre sur leur état, ces pare-brises récupérés des voitures accidentées. Défigurés, abîmés, ils râlent en silence dans un sommeil fragmenté, dérangé.

Ce sont d'abord des volumes mal traités, entassés, insensés, c'est une condition de blasé. Des rescapés, des gueules cassées... et quoi d'autre ! En étant des volumes physiques, ces pare-brises ne sont en même temps que néant. Or, ils ne sont que le sondage, l'interprétation du regard d'un aliéné. Le non-dit !


C'est sans doute le portrait d'une société mal en point, déchirée, sous haute tension. Ce sont des corps d'individus, qui, lors d'une agression se protègent la tête entre les bras, un boxeur qui essuie des coups dans un combat... Un état d'anxiété et de somnolence perpétuel.

Comment peut-on croire à l'espoir d'arrêter une telle hémorragie ? La chair est ouverte si sauvagement, les os fracassés, que sauver quelque chose semble impossible.

Névrose de guerre, le monde est en rupture de sens. C'est peut-être seulement là, qu’intervient l'Art par l'artiste : espérer encore et toujours, comme un médecin urgentiste sur un champ de bataille, il pose des garrots, sinon, des garrots d'illusion.