L' ART INTEMPESTIF DE MOUMEN B.




Les travaux de Moumen Bouchala qu'il s'agisse de peintures, de vidéos, d'installations, de performances ou de fictions écrites, composent un vaste ensemble doux-amer d'où surnage pourtant une tendre et très belle mélancolie, peut être la permanence d'un fol espoir. Celui là même qui pourrait nous permettre de croire encore en l'homme et à la possibilité d'un Etat qui n'opprimerait pas, d'un amour qui ne serait pas contrôlé par le religieux.

Ce que ce jeune artiste a très tôt compris de ses montagnes Berbères d'Algérie c'est que le malheur des peuples soumis à l'iniquité se lit tout autant à l'échelon collectif que dans la douleur individuelle. La société militaro-policière, comme sa forme occidentale et policée du Contrôle, rend malade, impuissant, ou enragé. Chez Moumen l'art dit toujours que l'état de dictature n'est jamais un universel abstrait, mais qu'il s'incarne, à proprement parler, dans la destinée personnelle voire intime des individus. Écrasés jusque dans nos rêves, semblent crier ces oreillers qu'un rouleau compresseur aussi systématique qu' indifférent a souillé de son implacable cylindre.

Maladie de la Mère, Mère patrie ou biologique, qui nous empêche de reposer dans une origine ou un foyer apaisant mais qui, au contraire, nous réclame une vigilance de tous les instants. Baisser la garde serait, en effet, s'exposer aux Furies de cette Méduse qui ne nous prend jamais dans les bras que pour mieux nous étouffer.

Toutefois, il s'agirait aussi de refuser la culpabilisation qui s'insinue dans nos âmes alors même que l'on se croit sauvé par l'amour et il faudrait avoir le courage de mener cette lutte insensée du héros de la vidéo qui préfère lancer la pomme à la tête du "Très Haut" plutôt que de bêtement la croquer et passer le restant de sa vie à s'interroger sur la légitimité de sa faim.

Ainsi va l'oeuvre de ce créateur kabyle qui n'a rien oublié de Jugurtha. Mieux vaut mener noblement un combat perdu d'avance et s'écrouler debout, que de survivre lâchement ployé sous l'injure quotidienne. Aussi de la France retiendra-t-il surtout les combats d'un Camus ou d'un Sartre, qui tout en constatant l'absurde du monde nous obligent néanmoins à avoir les mains sales. Rien d'étonnant alors que parfois, la nausée saisisse le personnage qui ne peut réprimer un renvoi, comme l'ultime reflux organique d'un environnement qu'il se refuse à considérer comme son milieu inéluctable et assigné. En somme, le sfumato contemporain, qu'il soit celui des lieux institutionnels de présentation de l'art-marché ou l'horizon visible des images, intoxique celui qui le respire sans précaution.

Mais précisément l'air du large (peut être celui des côtes escarpées et solaires, si rimbaldiennes, de son enfance) berce aussi d'une toute autre mélopée l'oeuvre si forte que nous offre en partage MB.

Car il faudrait oser dire que la maladie, le malaise et la souffrance, sont finalement bons signes, ils disent dans leurs convulsions et leurs râles que l'on ressent encore comme insupportable l'oppression, que l'on ne se résout pas à l'absence d'horizon. Malheur à ceux qui ne ressentent plus de douleurs ni d'agression et qui coulent des jours paisibles sous le terrible joug, ils sont condamnés, au fin fond de leur caverne, à pousser des caddies dans l'univers concentrationnaire que décrivait Tocqueville dans la fin de sa "Démocratie en Amérique". Trop heureux d'être asservis d'un pouvoir qui se charge de leur bonheur matériel au mépris de tous les autres. D'un pouvoir qui joue et se joue de nous, comme un animal féroce le fait avant de dévorer sa proie, comme dans ces claques des jeux de mains adolescents où se mêlent en sang indifférencié les croissants de l'Islam, les étoiles de David et les croix des Chrétiens. Jeux de mains jeux d'esclaves, de "vilains", mais au sens médiéval du terme.

Ainsi, Nietzsche peut-il être convoqué ici dans ce qu'il appelle le caractère intempestif d'une oeuvre qui vaut vraiment ; chez Moumen, la colère signifie avant tout que l'on est encore vivant, que l'on a pas abdiqué et que l'on croit que toute feuille trop blanche doit être froissée, porter sa marque, fut-elle modeste, plutôt que d'accueillir des lignes serviles dictées de l'extérieur.

Déchirer, froisser, vomir, continuer de ramper jusqu'aux ultimes limites de ses forces, et surtout, ne rien craindre que l'immobilisme et le trou noir des acceptations. Tel semble être le fil rouge de cette oeuvre polymorphe d'une rare densité qui s'est façonnée au long de ses années d'apprentissages, de ses expositions et de ses résidences. Il n'est pas si étonnant alors, qu'ici, un vieux sage prenne davantage l'allure d'un raboteur de Caillebotte que celle d'un philosophe olympien. Mais qu'on ne s'y trompe pas, se traîner ainsi jusqu'aux derniers instants est la marque des grands fauves. Des grands fauves et des héros grecs plus dionysiaques qu'apolliniens : Achille au talon percé marche encore vers son combat avant d'expirer.

Il importe donc, dans un univers trop aseptisé, d'oser souiller l'immaculé "white cube" d'images de révolte et d'agonie, de ne pas se distraire d'un monde où pétrole et misère cheminent singulièrement ensemble, et où l'on se prosterne sans vergogne devant des rois morts qui pourtant tuent encore. Moumen Bouchala dans son intempestif usage de l'art, tempête et invente des rivages qu'il éclabousse d'une écume de colère et ce gros temps nous laissent tour à tour affligés du grain ou épuisés comme après une traversée tumultueuse, mais à jamais certains d'être toujours vivants.

Et Zarathoustra peut préférer alors descendre, tranquille et fier, des montagnes berbères plutôt que de Haute Engadine et choisir de nous rappeler que généalogiquement homme libre se dit "Amazigh"...

Laurent Devèze
2015






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Scène d’un naufrage


"Scène d'un naufrage" ou "Europa" décline un détail emblématique du "Radeau de la Méduse", œuvre monumentale que Géricault présenta au salon de 1819, et qui relate le naufrage d'une frégate de la marine royale qui s'échoua en 1816 sur un banc de sable au large des côtes du Sénégal. Un radeau de fortune fut construit, 150 soldats s'y entassèrent, dont moins d'une dizaine survécurent. Géricault met en scène le faux espoir qui précéda le sauvetage des naufragés : le bateau parti à leur secours apparaît à l’horizon mais s’éloigne sans les voir. Le détail choisi par Moumen Bouchala est précisément le mouvement formé par le tissu que l'homme noir, en figure de proue du Radeau, brandit et agite vers L’Argus, le bateau venu les secourir.

Non loin des rives de ce radeau à la dérive, où des hommes s'entre-tuèrent jusqu'au cannibalisme pour survivre, c'est un voile semblable qui se fige, dans une déclinaison proche par la force et la symbolique : une vision synthétique de l'existence humaine abandonnée à elle-même. L'œuvre de Moumen Bouchala ne se prononce pas entre ampleur et intensité, entre horizontalité et verticalité ; elle "réunit" en ouvrant de nouveau la question éminemment politique de cet éternel présent-jeté-vers-l'avenir : le désespoir et l'espoir, l'altérité et les possibilités de son hospitalité.

Les visages, par trop nombreux peut-être, sont aujourd'hui absents de la figure travaillée par l'artiste.

Les corps ? Ils sont mis à sac, sur un sol dur et lisse étendu à perte de vue, dans une déconstruction géographique improbable où nulle identité ne subsiste.

Suspendu, il l'est, cet objet d'art ; quand deux espace-temps se retrouvent conjugués à l'imparfait du désespoir, représentation typifiée qui ouvre allusivement sur d'autres vastitudes philosophiques ou politiques.

Car Moumen Bouchala a cet art de la figure, le tracé d'une destinée entre les choses et les dieux, où se dessine sans dédain la conjonction d'une part de mythe et d'histoire, d'un socle de rêve et sa matérialisation dans le possible. C'est son espoir à lui, son "devant-là," son avenir qui toujours se soustrait pour mieux se repenser peut-être.

Théodore Géricault avait d'abord prévu d'intituler "Scène d'un naufrage" cette œuvre devenue célèbre. Considérée comme trop contestataire, cette première appellation du "Radeau de la Méduse" dû subir la censure.

L'"Europa" de Moumen Bouchala, autre "scène d'un naufrage" tout aussi politique, suspend pour notre ressouvenir précis et confus à la fois la question de l'accueil de l'autre, mais aussi de la liberté et de la domination des États sur les hommes; la question de l'espoir placé dans les États que se sont constitués des hommes et des femmes eux-mêmes, et du dialogue qu'ils se sont permis d'imaginer puis de fonder entre les États et eux-mêmes, dans leur humanité désirante. C'est ainsi toute une histoire du monde qui est ramassée dans ces sacs éventrés et souffrants au-dessus desquels planent les voiles blancs et froissés d'une utopie jamais réalisée. Quand les migrants actuels, dominés par les décisions plus ou moins arbitraires des États, deviennent les demandeurs d’un asile obsolète, nous sommes avec cette Europe de la "crise migratoire" dans une abominable contradiction désespérante entre missions régaliennes et multitudes individuelles souffrantes. Le cannibalisme est-il dans notre modernité post-lumières ? Cette modernité qui accoucha d'idéaux (que l'on observe peu à peu s'évanouir) ne se perd-elle pas sous le joug vigilant de la loi de l'asservissement et de la "volonté de vouloir", plutôt que d'être ?

Telle l’aventure poétique, l'œuvre est en-avant de l'action, elle ouvre le chemin dans sa prosodie. Elle est un chant pour traverser le Léthé, au moment même où tout semble perdu et sans espoir. De même, la remémoration des configurations décisives de notre passé n’est point nostalgie vaine, mais charnière nécessaire de toute reconquête de sens ; tout comme le Radeau de Géricault, œuvre moderne, œuvre d’actualité, qui ouvrit au manifeste libéral, "Europa " sonne aujourd'hui comme une mise en demeure de vaincre notre paresse et notre ignorance. Chant-passerelle vers une élévation salvatrice, oui, le fol espoir du velours immaculé doit être résolu dans une véritable refondation inventive, et c'est là une lecture "ouverte" que nous faisons du puissant travail de Moumen Bouchala."

Aurelie Ferrand
2015






La proposition de Moumen Bouchala touche à notre mémoire de l’œuvre d’art. En reprenant un motif de l’œuvre de Théodore Géricault, Le radeau de la Méduse, en donnant corps au foulard d’un des rescapés du naufrage, Bouchala fait de nous les nouveaux acteurs de la scène représentée par le peintre. »

Anthony Lenoir, pour l’exposition « Arrière-plan ». 2016






En suspension au centre de la nef, à portée de main, la première œuvre qui nous faisait face était une sculpture de plâtre, créée par Moumen Bouchala, et qui reproduit le foulard agité par l’un des rescapés du Radeau de la Méduse, de Théodore Géricault, en direction d’un navire salvateur. Si tout un chacun avait la possibilité de se saisir de l’objet signalant la détresse, son créateur tient à rappeler que toute vie peut s’interpréter comme une dérive, peut se conclure sur un naufrage et reste dépendante de celles d’autrui. »

Nicolas Mensch, pour l’expositions « Éclat ». 2017






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Le Vomi


Parfois le spectacle du luxe dans son tapage ou sa disproportion donne la nausée, il ne reste plus qu’à assumer cet atroce paradoxe : devant les très bien nourris, c’est souvent le malnutri qui a envie de vomir. La vidéo (Le Vomi) de ce jeune artiste Berbère doit plus à Sartre ou à Camus qu’aux références cinématographiques classiques. Et si la révolte était par définition l’indispensable expression de l’existentiel.

Laurent Devèze, pour l’exposition « Du Luxe ? ». 2015






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Massage


Et si Moumen Bouchala nous appelait rien moins qu’à un « printemps des peuples » ? Dans un monde où la liberté politique et religieuse semble plus que jamais, hélas, hors saison, les vidéos projetées depuis nos « veilleurs » évoquent tout à la fois l’asservissement mais aussi les tentatives de libérations humaines, depuis la fuite ou l’obsession jusqu’au face à face avec l’oppresseur qu’il soit Dieu ou système d’Etat.
Lecteur attentif de Camus et de son « homme révolté » ce jeune artiste brillamment diplômé de notre école (ISBA) sait également tout ce qu’il doit à l’analyse de son compatriotes du rocher de Sisyphe.

Laurent Devèze, pour l’exposition « Les Id(é)es de Mars. Nocturne au Frac ». 2017






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Les Karamazov


Sortir du cadre religieux : Moumen Bouchala, dans Les Karamazov « rejette » les pommes (au propre et au figuré) vers le ciel, mettant fin, symboliquement, aux interdits de la connaissance et à l’acceptation d’une punition millénaire. Une inversion, plus qu’une sortie. »

Barbara Polla, pour l’exposition « Sortir du cadre – Out of frame ». 2016






Rien dans l’œuvre de ce jeune artiste ne trahit a priori quelque réflexion magicienne ou chamanique. Pourtant cette curieuse installation vidéo présente un geste hérétique presque sorcier. Dans un refus du pêché originel, L’Adam de Moumen jette dans un ciel désespérément vide des pommes qui retombent lourdement émettant un bruit sourd. Et si l’on peut dire comme en une circonstance aggravante, il commet son défi sacrilège dans un lieu chargé de cette ambition architecturale des Lumières qu’est la saline royale d’Arc-et-Senans.
Sa résidence dans cet endroit unique qui tient de l’usine et du panopticon cher à Foucault, prend tout son sens dans cet élan d’une raison qui ne veut plus se sentir condamnée par avance par une fois mortifère.

Les idées du jeune artiste berbère relèvent alors de rituels de purification, de ces jeux de corps extrêmes sans lesquels on ne s’échappe pas de la croyance et qui doivent nous permettre de rebâtir un sujet neuf et libre capable d’apprendre.

Jeux de mains qui se frappent dans la nudité des pèlerins de la raison, pomme jetée à la face de celui qui condamne originellement, transe du vieillard, qui rampant, marque aussi de son ADN tout son territoire, faisant alors plus que d’y passer seulement : autant de vidéos dont la force nous rappelle que la découverte de certains œuvres, comme la pratique de certains gestes, peuvent nous changer à jamais.

Chamanisme oblige, l’œuvre est toujours à l’œuvre en quelque sorte.

Laurent Devèze, pour l’exposition « L’artiste est-il un chamane ? ». 2016






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Les Jumelles


La vie et la mort sont deux sœurs jumelles.
Dans la vidéo Les jumelles, qu’il a réalisée en 2016, Bouchala recherche l’espace qu’il décèle entre la vie et la mort, celui qui permet à la poésie et la création d’émerger. Cet espace – ce théâtre – il nous le donne à voir tel une poésie silencieuse sous la forme d’une danse macabre, « sous un soleil chaud et sur une pierre froide, entre la promesse d’un éternel soleil et l’impossibilité de fuir la condamnation d’une pierre de marbre… »

Barbara Polla, pour l’exposition « Dance with me video ». 2017






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Ocean


LE BOURREAU DES CHOEURS


Hérodote, père de l’histoire moderne relate dans ses écrits un épisode fameux de la légende perse.
Xerxès ayant vainement tenté de franchir l’Hellespont (l’actuel Bosphore), en route pour l’invasion de la Grèce, fut brusquement stoppé par une tempête interminable qui le contraignit à rebrousser chemin.
Furieux, le grand roi dit-on fit ordonner que l’on marque aux fers rouges la mer après qu’on l’eut fouettée.

Cette anecdote dit surtout beaucoup de l’arrogance grecque qui trouve à répéter cet « événement » à travers moult occurrences afin d’enfoncer le clou : le barbare, ce balbutiant, se comporte bien en enfant, c'est-à-dire en être sans parole, comprenez sans logos, et donc sans esprit ni discernement ; incapable de différencier la chose inerte de l’être animé de volonté propre.
Comme le bébé tape la table à laquelle il se cogne, Xerxès fait fouetter la mer qui reste évidemment impassible au milieu de ses embruns et de son tumulte.
Mais il y a plus encore dans cette légende que les Grecs aiment à commenter pour disqualifier leurs ennemis forcément insensés puisque ne reconnaissant pas la supériorité d’Athènes, mère des sagesses : le roi des Perses se fait impie.
Son geste est en, effet, également sacrilège et c’est en fou qu’il défie ainsi les Dieux. Et parmi ceux-ci, Poséidon, l’un des plus terribles.
Ulysse le rusé, lui, prenait garde de ne pas humilier le dieu des grands fonds et se dissimulait attaquant ses enfants cyclopes sous le nom de « Personne ».
Xerxès, lui, affronte le Dieu à visage découvert et la légende basculerait alors.
De ridicule, le roi se ferait Titan, demi-dieu capable d’affronter un des membres de l’Olympe.
Et le barbare se ferait héros.


La vidéo de Moumen Bouchala n’est pas sans assumer cette double lecture d’un fou frappant la mer dans un geste aussi dérisoire qu’inutile mais aussi fascinant dans son étrangeté et héroïque dans son acte pur, foncièrement inutile.
Châtierait-il l’océan des noyades migrantes, de la limite qu’il représente quand on rêve de l’autre rive ou quand on est en exil ? Se bat il contre la montée des eaux ou punirait-il son origine, puisque la vie toute entière viendrait des profondeurs de la mer ?
L’épuisement du fouetteur devant la force indifférente du ressac a quelque chose du Sisyphe cher à Albert Camus c’est une tâche impossible qu’on moque à plaisir mais c’est dans la constance de la réitération d’un échec qui ne se décourage pas que l’on saisit l’absurde grandeur de l’Homme.
Condamné sa vie durant à fouetter les océans jusqu’à l’épuisement final qui a au moins le mérite de ces ultimes combattants qui ne se résolvent jamais à se rendre.
Le travail de Moumen est hanté par cette figure de l’entêtement de celui qui cherche à vaincre l’impossible qu’il s’agisse de pommes à l’assaut du ciel ou d’un vieillard tournoyant. Ces vidéos sont comme des allégories de l’artiste qui sans cesse tente et retente de s’approcher au plus près de son rêve de vérité et ne cesse de reprendre le chemin depuis son commencement mais cet ineffable qui cherche tout de même malgré tout à se dire a la noblesse de ce « je ne sais quoi » ou de ce « presque rien » qu’analysait Jankélévitch ou celle que l’on trouve chez le vieux Plotin lorsqu’il affirmait dans ses Ennéades que l’approximation est la seule véritable voie de la rigueur.

Laurent Devèze
2018